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Statuts de copropriété : pourquoi les mettre à jour et quel impact sur vos comptes ?

5 février 2026 par
Statuts de copropriété : pourquoi les mettre à jour et quel impact sur vos comptes ?
Cliquet Christophe


Statuts de copropriété : pourquoi les mettre à jour et quel impact sur vos comptes ?

CopropriétéComptabilitéCadre légal

Par Christophe Cliquet, fondateur d'ACP Conseil – commissaire aux comptes indépendant spécialisé en copropriété à Bruxelles et en Wallonie.

En copropriété, les statuts ne sont pas un détail administratif.

Ils organisent la vie de l'immeuble.

Ils définissent ce qui est commun, ce qui est privatif, et surtout comment les charges doivent être réparties.

Acte de base.
Règlement de copropriété.
Règlement d'ordre intérieur.

Le problème, c'est que dans beaucoup d'immeubles, ces textes n'ont jamais été adaptés depuis leur rédaction initiale.

Certains datent des années 1960 ou 1970.

Et ils ne reflètent plus ni la réalité de l'immeuble, ni le cadre légal actuel.


Une obligation légale, pas une option

La copropriété a été réformée en profondeur, notamment en 2010 et en 2018.

Ces réformes n'ont pas seulement changé la théorie.

Elles ont créé des obligations concrètes.

L'article 3.85 §3 impose l'existence d'un règlement d'ordre intérieur.

Ce document doit notamment préciser les règles relatives à la tenue des assemblées générales, les pouvoirs et obligations du syndic, la durée de son mandat, ainsi que la période de quinze jours durant laquelle l'assemblée générale annuelle doit se tenir.

L'article 3.93 §3 prévoit que le syndic est tenu d'adapter le règlement d'ordre intérieur lorsque la législation évolue.

Sans qu'une décision d'assemblée générale soit nécessaire.

En revanche, toute modification de l'acte de base ou du règlement de copropriété requiert un passage en assemblée générale et, dans la plupart des cas, un acte authentique.

Ces obligations ne sont pas nouvelles.

Elles sont en vigueur depuis plusieurs années. Malgré cela, un grand nombre de copropriétés n'ont entrepris aucune démarche de mise en conformité.


Ce que des statuts obsolètes provoquent au quotidien

Lorsque les statuts n'ont pas été mis à jour, les conséquences ne sont pas seulement théoriques.

Elles se manifestent concrètement dans la gestion courante de l'immeuble.

Elles se voient dans les comptes.

Premier effet : des clés appliquées "par habitude"

Les clés de répartition des charges peuvent ne plus correspondre à la réalité.

Il arrive que le syndic applique des clés qui ne figurent dans aucun document officiel, simplement parce qu'elles sont devenues une habitude.

En l'absence de base statutaire, n'importe quel copropriétaire peut contester cette répartition devant le juge de paix.

Deuxième effet : des décisions votées qui ne protègent plus

Les résolutions votées en assemblée générale au fil des années ne sont pas toujours intégrées dans les statuts.

Résultat : elles perdent leur opposabilité aux tiers, notamment aux nouveaux acquéreurs qui n'en ont pas connaissance lors de l'achat.

Troisième effet : conflits récurrents dans les complexes

Dans les complexes composés de plusieurs bâtiments, l'absence de statuts clairs sur les parties communes partagées génère des conflits récurrents sur la répartition des frais entre les différentes entités.

Parcs. Chaufferies. Parkings. Accès.
Et derrière le conflit, il y a toujours la même question : qui paie quoi, et selon quelle clé.

Quatrième effet : une gouvernance fragilisée

Le règlement d'ordre intérieur, lorsqu'il existe, ne mentionne parfois ni le commissaire aux comptes, ni le conseil de copropriété, ni les modalités de convocation.

Ces lacunes fragilisent l'ensemble du fonctionnement de l'association des copropriétaires.


Les risques pour le syndic et les copropriétaires

Le syndic professionnel qui ne procède pas à l'adaptation du règlement d'ordre intérieur s'expose à des conséquences disciplinaires devant la Chambre Exécutive de l'Institut Professionnel des Agents Immobiliers (IPI).

Pour les copropriétaires, l'absence de mise à jour peut entraîner une insécurité juridique.

Une décision prise sur base de statuts non conformes au Code civil peut être contestée, voire annulée.

Et en matière de charges, l'enjeu devient directement financier : si une clé appliquée depuis des années ne repose sur aucune base légale, une régularisation peut concerner plusieurs exercices et représenter des montants significatifs.


Par où commencer

Mettre à jour les statuts, ce n'est pas "tout réécrire".

C'est une mise en ordre.

La première étape consiste à rassembler les documents existants : acte de base, règlement de copropriété, règlement d'ordre intérieur, ainsi que l'ensemble des résolutions d'assemblée générale ayant modifié ces documents au fil du temps.

La deuxième étape est l'analyse de conformité : comparer les documents actuels avec les exigences du Livre 3 du Code civil pour identifier les écarts.

La troisième étape est la rédaction des documents adaptés.

Le règlement d'ordre intérieur peut être modifié sous seing privé et ne nécessite pas de passage devant notaire.

En revanche, toute modification de l'acte de base ou du règlement de copropriété portant sur la destination de l'immeuble ou les clés de répartition requiert un acte authentique.

Les majorités requises dépendent de la nature de la modification : majorité des deux tiers pour les règles d'usage et d'administration, majorité des quatre cinquièmes lorsqu'il s'agit de la destination de l'immeuble ou des clés de répartition des charges.


Ce que révèle un contrôle des comptes

Lors de la vérification annuelle des comptes, le commissaire aux comptes est souvent le premier à constater les conséquences de statuts obsolètes.

Des charges imputées sur des clés non prévues dans l'acte de base.

Des quotes-parts entre bâtiments sans fondement statutaire.

Des fonds de réserve utilisés sans respect des règles de conversion entre clés.

Ces anomalies comptables trouvent presque toujours leur origine dans des statuts qui n'ont pas suivi l'évolution de l'immeuble.

Ni celle de la loi.

Mettre à jour les statuts, c'est aussi mettre de l'ordre dans la comptabilité.


En résumé

Les statuts organisent la copropriété et cadrent la répartition des charges.

Des statuts obsolètes créent du flou, des contestations et des anomalies comptables.

Le règlement d'ordre intérieur doit être adapté aux évolutions légales.

Et quand les clés ou la structure de l'immeuble ont changé, une mise à jour devient un enjeu financier direct.


Cet article est publié par ACP Conseil, commissaire aux comptes indépendant spécialisé en copropriété en Belgique.

Nous réalisons des contrôles complets des comptes avec remise d'un rapport détaillé et d'une Carte Santé Financière©. Pour en savoir plus : info@acpconseil.be