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Les erreurs fréquentes en comptabilité de copropriété : ce que tout copropriétaire devrait savoir

5 février 2026 par
Les erreurs fréquentes en comptabilité de copropriété : ce que tout copropriétaire devrait savoir
Cliquet Christophe


Certaines erreurs reviennent régulièrement en copropriété. Elles peuvent fausser les comptes, créer des injustices entre lots et fragiliser la trésorerie de l’immeuble. Voici les plus fréquentes, avec les bonnes pratiques.

Copropriété Comptabilité Cadre légal
Sommaire

Par Christophe Cliquet, fondateur d'ACP Conseil – commissaire aux comptes indépendant spécialisé en copropriété à Bruxelles et en Wallonie.

Introduction

La gestion d’une copropriété exige rigueur, méthode et connaissance du cadre légal. Certaines erreurs reviennent pourtant de manière récurrente, parfois par méconnaissance, parfois par négligence.

Ces erreurs ne sont jamais anodines. Elles peuvent fausser la situation financière de l’immeuble, créer des injustices entre copropriétaires et, dans certains cas, engager la responsabilité du syndic.

I. Erreurs liées à l’imputation et à la répartition des charges

Erreur 1 : Mauvaise imputation des postes privatifs et communs

Lors de travaux impliquant à la fois des parties communes et des équipements privatifs, le syndic doit distinguer clairement les deux.

Exemple : remplacement d’un système de parlophonie. La centrale et le câblage relèvent des parties communes. Chaque copropriétaire choisit ensuite son poste intérieur (modèle simple ou vidéophonie haut de gamme).

L’erreur

Imputer l’intégralité de la facture en charges communes réparties sur les quotités.

Le problème

Le copropriétaire ayant choisi un poste basique finance indirectement celui ayant opté pour un équipement haut de gamme.

La bonne pratique

Ventiler : partie commune selon quotités, partie privative imputée individuellement selon le choix de chacun.

Erreur 2 : Mauvaise utilisation du fonds de réserve entre clés de répartition

Une copropriété peut comporter plusieurs clés de répartition (clé générale, ascenseur, chauffage, appartements, etc.). Le fonds de réserve est constitué selon ces mêmes clés. Les règles de répartition découlent des statuts et, à défaut, du critère d’utilité.

L’erreur

Financer des travaux qui ne concernent qu’une fraction de l’immeuble via le fonds de réserve général et imputer la dépense en clé générale, y compris aux lots non bénéficiaires.

Pourquoi l’argument “le PV ne l’interdit pas” ne tient pas

L’absence de mention au procès-verbal ne constitue pas une base valable pour une mise à charge générale. L’affectation du fonds de réserve par l’assemblée générale n’autorise pas le contournement des clés de répartition prévues par les statuts (ou, à défaut, du critère d’utilité).

La bonne pratique

Constituer le fonds de réserve dans la clé adéquate, imputer la dépense selon la clé des lots bénéficiaires. Si le fonds a été constitué en clé générale, procéder à une conversion comptable pour neutraliser la quote-part des lots non concernés.

II. Erreurs liées au financement et à la trésorerie

Erreur 3 : Ne pas prévoir le financement des postes privatifs

L’erreur

Commander sans appel de fonds couvrant la partie privative.

Le problème

La copropriété avance la trésorerie. Le fonds de roulement est amputé et l’immeuble peut se retrouver en difficulté si certains copropriétaires tardent à payer.

La bonne pratique

Appel de fonds préalable : l’argent entre, puis la commande est passée. La copropriété ne fait que transiter les fonds.

Erreur 4 : Utiliser le fonds de réserve pour des dépenses courantes

L’erreur

Puiser dans le fonds de réserve pour payer des charges courantes (nettoyage, électricité, assurance…).

Le problème

Le fonds de réserve n’est plus disponible lorsque des travaux sont votés et la difficulté de trésorerie est masquée.

La bonne pratique

Trésorerie insuffisante : appel de fonds extraordinaire ou adaptation du budget. Le fonds de réserve ne sert pas au courant.

III. Erreurs liées au suivi comptable et à la clôture

Erreur 5 : Soldes fournisseurs non régularisés

L’erreur

Laisser des soldes fournisseurs ouverts d’année en année sans justification.

Le problème

Situation financière faussée, risque de doubles paiements non récupérés, notes de crédit oubliées.

La bonne pratique

À chaque clôture : vérifier, justifier et régulariser chaque solde fournisseur.

Erreur 6 : Comptes transitoires laissés sans apurement ou sans suivi

Les comptes d’attente, charges à reporter, comptes sinistres, factures à recevoir (444) et charges/produits à régulariser (4995) sont des comptes transitoires de classe 4. Ils constatent un décalage temporaire entre la réalité économique et son traitement comptable.

L’erreur

Les laisser ouverts sans analyse, sans justification claire ou sans évolution, et les reporter d’un exercice à l’autre automatiquement.

Le problème

Le bilan perd en fiabilité, et des montants restent figés sans qu’on sache s’ils sont encore justifiés.

La bonne pratique

À chaque clôture : analyser chaque compte, vérifier si le montant est encore justifié à la date de clôture, apurer dès que la situation est connue, et éviter tout report automatique sans explication.

Un compte transitoire peut exister à une date donnée, mais il doit toujours être justifié, suivi et appelé à disparaître. Un solde figé d’une année à l’autre sans explication est le signe d’un problème non traité.

IV. Erreurs liées aux impayés

Erreur 7 : Arriérés de copropriétaires non réclamés

Depuis la loi du 18 juin 2018, le règlement de copropriété doit prévoir les sanctions et clauses relatives au non-paiement des charges. Sans clauses prévues, il n’y a pas de pénalités applicables. Avec clauses prévues, leur application doit être suivie.

L’erreur

Laisser les impayés s’accumuler sans rappel, sans mise en demeure, ou ne pas appliquer les clauses prévues.

Le problème

La trésorerie souffre, les autres copropriétaires financent indirectement les mauvais payeurs, et plus la dette grossit, plus elle devient difficile à recouvrer.

La prescription est de 5 ans à compter de l’échéance de chaque charge. Le privilège de la copropriété est limité aux charges de l’exercice en cours et de l’exercice précédent : si le syndic tarde, ce privilège peut être perdu pour les exercices plus anciens.

La bonne pratique

Rappel dès le premier retard. Mise en demeure (recommandé) après 30 jours, en reprenant le principal, les intérêts et la clause pénale (si prévue), avec un délai minimum de 15 jours. Procédure de recouvrement si la situation n’est pas régularisée.

V. Erreurs TVA

Erreur 8 : TVA mal gérée sur travaux et services

Rappel pratique : un immeuble de moins de 10 ans est en principe soumis à 21% sur les travaux. Pour un immeuble de plus de 10 ans, le taux réduit de 6% peut s’appliquer à certains travaux de transformation, rénovation, réparation ou entretien, mais uniquement sous conditions strictes.

Conditions du 6%
  • Immeuble de plus de 10 ans (depuis la première occupation jusqu’à la date de la première facture).
  • Habitation utilisée à plus de 50% comme logement privé.
  • Travaux facturés au consommateur final (l’ACP en tant que représentante des copropriétaires).
  • Mention obligatoire sur la facture (depuis 2022, en remplacement de l’ancienne attestation papier).
L’erreur

Accepter du 6% hors conditions, appliquer du 6% à des services courants (nettoyage, jardinage…), ou accepter des factures en autoliquidation alors que l’ACP n’est pas assujettie TVA.

Le problème

En cas de contrôle, la responsabilité financière retombe sur l’ACP : différence de TVA, intérêts de retard et amendes.

La bonne pratique

Vérifier l’âge de l’immeuble, exiger la mention obligatoire pour le 6%, refuser l’autoliquidation, et appliquer 21% pour les services courants.


En résumé

  • Une erreur de répartition crée des injustices entre lots.
  • Une erreur de financement fragilise la trésorerie.
  • Des postes transitoires non apurés faussent le bilan.
  • Des impayés non suivis deviennent vite irrécouvrables.
  • Une TVA mal gérée expose l’ACP à un risque fiscal direct.

Cet article est publié par ACP Conseil, commissaire aux comptes indépendant spécialisé en copropriété. Nous réalisons des contrôles complets des comptes avec remise d'un rapport détaillé et d'une Carte Santé Financière©. Pour en savoir plus : info@acpconseil.be