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Le commissaire aux comptes n'est pas un prestataire

30 janvier 2026 par
Le commissaire aux comptes n'est pas un prestataire
Cliquet Christophe


Le commissaire aux comptes n'est pas un prestataire

CopropriétéCadre légalCommissaire aux comptes

Par Christophe Cliquet, fondateur d'ACP Conseil – commissaire aux comptes indépendant spécialisé en copropriété à Bruxelles et en Wallonie.

En copropriété, le commissaire aux comptes occupe une place particulière.

Il n'est pas un fournisseur.

Il n'est pas lié par un contrat de prestation de services.

Son statut est différent, et cette différence est essentielle.


Une confusion fréquente

Récemment, un collaborateur d'un syndic professionnel m'a adressé une demande qui semblait simple :

"Pourriez-vous nous envoyer une copie du contrat en vigueur concernant votre mission de commissaire aux comptes ?"

Cette question, parfaitement légitime en apparence, révèle une confusion courante sur le statut du commissaire aux comptes.

Une confusion qu'il est utile de clarifier, tant pour les syndics que pour les copropriétaires.


Un organe de contrôle, pas un fournisseur

Contrairement à un prestataire classique — entreprise de nettoyage, architecte ou avocat — qui signe un contrat avec l'association des copropriétaires, le commissaire aux comptes est désigné par l'assemblée générale comme organe de contrôle.

Il n'est pas prestataire de l'ACP.

Il en est un rouage institutionnel, chargé de vérifier la gestion comptable du syndic.

Cette distinction n'est pas une subtilité juridique.

Elle est fondamentale.


Ce que dit la loi

L'article 3.91 du Livre 3 du Code civil est clair :

"L'assemblée générale désigne annuellement un commissaire aux comptes ou un collège de commissaires aux comptes, copropriétaires ou non, qui contrôlent les comptes de l'association des copropriétaires, dont les compétences et obligations sont déterminées par le règlement d'ordre intérieur."

Le texte officiel est consultable sur le site du SPF Justice : Livre 3 du Code civil – SPF Justice

Le cadre juridique de la mission repose sur trois éléments :

– la nomination par l'assemblée générale, actée au procès-verbal ;

– l'offre de mission présentée aux copropriétaires et validée lors du vote ;

– la demande de contrôle, qu'elle émane du syndic en exécution de la décision de l'AG, du conseil de copropriété dans le cadre de son mandat, ou du syndic en cas de défaillance du commissaire initialement désigné.

Aucun contrat commercial.

Aucune relation client-fournisseur.

Lorsque le commissaire est un professionnel, sa rémunération est votée par l'assemblée générale.

Cela ne crée pas pour autant une relation prestataire-client au sens commercial.


Comment se forme alors l'accord ?

En pratique, l'accord se forme sans formalisme particulier.

Que le commissaire ait émis une offre de mission préalable ou que le syndic l'ait directement sollicité, l'envoi des documents comptables en vue du contrôle — et l'exécution de celui-ci — suffit à établir la rencontre des volontés.

Nul besoin d'un contrat signé.

L'accord naît des faits : une demande, une acceptation, une exécution.


Une mission intuitu personae

En droit, on qualifie cette mission d'intuitu personae — littéralement, "en considération de la personne".

Cela signifie que :

– l'assemblée générale vote pour une personne précise, en fonction de ses compétences et de sa réputation ;

– cette mission ne peut pas être cédée ou sous-traitée à un tiers sans nouvelle décision de l'AG ;

– l'indépendance du commissaire est personnelle : elle lui est attachée, pas à un contrat.

C'est cette caractéristique qui protège les copropriétaires.

Le commissaire n'est redevable qu'à l'assemblée générale, pas au syndic dont il contrôle précisément la gestion comptable.


Pourquoi cette indépendance est essentielle

L'absence de lien contractuel avec le syndic n'est pas un vide juridique.

C'est une garantie d'indépendance.

Si le commissaire aux comptes était un simple prestataire :

– qui contrôlerait objectivement celui qui exécute le contrat ?

– comment garantir l'impartialité de ses conclusions ?

– quelle crédibilité accorder à ses rapports ?

En étant désigné directement par l'assemblée générale, le commissaire répond aux copropriétaires — et uniquement à eux.

Son rôle est de vérifier, en toute indépendance, que le syndic gère les fonds de la copropriété conformément aux décisions votées et aux obligations légales.


En résumé

Le commissaire aux comptes n'est pas un prestataire de l'ACP.

Il est un organe de contrôle désigné par l'assemblée générale.

Sa mission repose sur une désignation, pas sur un contrat commercial.

Elle est confiée intuitu personae, en considération de la personne.

Cette indépendance statutaire est la meilleure garantie d'un contrôle impartial et rigoureux.


Cet article est publié par ACP Conseil, commissaire aux comptes indépendant spécialisé en copropriété en Belgique.

Nous réalisons des contrôles complets des comptes avec remise d'un rapport détaillé et d'une Carte Santé Financière©. Pour en savoir plus : info@acpconseil.be